Festival du Jamais Lu-Paris#7

28, 29 et 30 octobre 2022

Agitateur et entremetteur, le Jamais Lu chamboule l’écologie de la fiction sur deux continents depuis plus de 20 ans. Il se veut l’équivalent théâtral des shows live en musique : un accès brut et festif aux paroles contemporaines, un portrait poétique de notre époque, un engagement à faire vivre la puissance fédératrice des mots.
À Paris, il est le carrefour où se rencontrent des binômes d’artistes franco-québécois, jumelés autour de textes entièrement inédits. Leur trait d’union, c’est de n’avoir pas la patience d’attendre et de croire dur comme fer en la force de la fiction.
Toutes les histoires proférées ici sont à peine jaillies de l’imprimante et portées au plateau par une fougueuse troupe. De cet entrechoc des cultures découle un scan détonant de notre monde, à partager dans l’immédiat.

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COGNER NOS DISSONANCES 

En dépliant chaque matin son écran de lumière bleue, l’autrice ou l’auteur de théâtre contemporain voit des rafales d’ondes perpendiculaires percuter ses globes oculaires, le·la laissant un peu bête face au monde qui se dessine devant.

Des infos qui dérivent entre le crédible, le débile, le fake, le viral ou l’opinion.
Des vidéos de catastrophes réelles qui désuettisent la science-fiction.
Des études dites sérieuses qui refondent ce qui semblait jusqu’alors prouvé-pour-de-bon.
Des pronostics électoraux qui l’uppercutent dans son tréfonds.

De quoi ne plus distinguer sa gauche de sa droite.
Ne plus savoir vers où avancer, ou si avancer ne veut pas dire aussi reculer.

Que faire que faire que faire, tonnent des clameurs diverses qui s’expriment en son for.
À quoi bon à quoi bon à quoi, fanfaronne sa mauvaise conscience.
Pourtant pourtant pourtant, psalmodie son obstination.

Car quelque chose continue de poindre dans son oeil, au-delà de l’usure et de la solastalgie.
Il lui faudrait devenir saumon, remonter sa rivière natale, le lieu fondamental où tout fait sens.
Son écran devient courant sauvage et laurentien ou sillon de Seine urbaine. Son reflet lui commande d’élever la voix. L’injonction ressemble à du désir ou à du trop-fort-de-café. Elle délimite une zone rêvée, imprenable. Elle commande une action que n’attend personne, qui laissera peu d’empreinte carbone, et qui prendra son temps comme on éclot. Un effort de nager par-delà ce flou. Pour raccommoder un temps le plexus avec l’encéphale.

Trouver l’équilibre n’est pas une chose facile. Essayer est une finalité en soi.
Le Jamais Lu vous convie à entendre claironner de l’impensé.
Pas de garantie de satisfaction.
Pas de retour de marchandise.
Pas de sondage d’humeur.
Juste cette chose naïve, niaiseuse et noble : se raconter.

Les artistes du festival ne se connaissaient pas il y a quelques jours.
Il·elles· se sont mu·e·s jusqu’ici sur une promesse de vent.
De leurs neurones mêlés et de leurs corps engagés sont nées des histoires qui n’existaient nulle part, jaillies d’un certain matin de dissonance cognitive.
Tout ici sera neuf et ne se déploiera qu’une fois.
Ce sera bref, pourquoi pas joyeux, en tout cas irréversible.

Malgré cela dehors les particules fines continueront d’engluer nos haleines.
Les médias s’entêteront à trompéter une chose et son contraire.
La surchauffe deviendra plus évidente.
Mais nous pourrons dire : nous étions ici, crédules et rassemblés.
Là où germent les révolutions tranquilles.

Merci de votre ténacité dans le désarroi et de votre soif d’inutile.
Ce sont nos plus sûrs remparts à la déraison.

Marc-Antoine Cyr et Marcelle Dubois
codirecteur·rice·s artistiques du Jamais Lu Paris

 

 

* Un puissant merci à nos fidèles partenaires d’équipée !