Grand-duc

Du 13 au 25 mars

Parlons d’amour. Parlons par la même occasion de la mort, deux thèmes intimement liés. En l’occurrence, c’est à travers la mort qu’on parlera d’amour. Un homme est retrouvé nu, poignardé dans sa baignoire. Un inspecteur de police est chargé d’enquêter sur sa mort. Il se rend sur les lieux du crime et s’entretient avec les proches de la victime. À travers ces entretiens, se révèlent le manque d’amour, la solitude, le lien perdu entre les êtres. L’enquête devient peu à peu une quête de sens, vitale pour le policier, hanté par une voix mystérieuse et par l’image d’un grand-duc, superbe et terrifiant. Il est perché sur les cimes du désespoir.

EXTRAIT

Elle est dans un fauteuil en face de toi et elle ne te regarde pas.
Tu ne dis rien. Elle parle doucement, presque pour elle, elle dit, cette nuit, la dernière nuit, je me suis réveillée et je l’ai vu assis, là, réveillé lui aussi, les yeux grands ouverts. Il avait peur. Il disait tout bas, grand-duc, grand-duc. Son visage était tendu, il tremblait. Ses yeux fixes semblaient injectés de sang. Je lui ai demandé doucement de quoi il parlait. Il m’a répondu sans me regarder, il me regarde, il me fixe. Il n’y a rien, je lui ai dit. Là, il a dit, regarde. Sa voix était basse, presque un râle. Je le connais, il est beau, il est si beau, il est si majestueux. Grand-duc !

EXTRAIT D’ENTRETIEN

« LAURENT – Il y a une question que je ne t’ai pas encore posée. D’où vient cette fascination que ton texte exprime pour les grands-ducs ?

ALEXANDRE – Le grand-duc fait partie de ces animaux fascinants que sont les prédateurs invisibles. Vu de près le grand-duc a souvent une tête pas possible, un peu ridicule, mais sa présence la nuit n’a rien de ridicule. C’est un très grand rapace, magnifique, qu’on dit même aristocratique, d’où son nom, et pourtant complètement silencieux et imperceptible. Ses proies ne voient jamais la mort arriver. C’est un animal de légende, qui semble magique. […] Les animaux sont toujours présents dans mes pièces, sont même centraux, mais plus comme des figures, disons, mythologiques. Les animaux sont des vecteurs très forts de légendes, de récits, de fantasmes. On voit un animal et on projette immédiatement nos fantasmes. Ce qui compte dans mon écriture, ce n’est pas tant l’animal que comment les humains voient l’animal. Finalement, c’est comment on invente ses propres récits. Qu’est-ce que l’on voit dans le grand-duc… Est-ce que cette question a un écho dans ton travail, dans ta pratique au plateau ? Je ne sais pas quel fantasme tu as sur les animaux…

LAURENT – « Un animal qui parle ! » : c’est une belle définition de l’acteur. J’ai même l’impression paradoxale que, sur scène, le langage réveille la bestialité. Quand je joue ou dirige des acteurs, j’utilise souvent le lexique des cris animaux : miauler, siffler le texte ou le grogner, le pépier pourquoi pas ? Pour le grand-duc, il y a un terme très spécifique : la frouée. Ce qui m’intéresse c’est comment notre animalité originelle hante et ébranle nos corps debout. En scène nous sommes des chimères et le théâtre est le « descriptif d’un combat » entre la bête et l’homme. J’ai relu Kafka cet été. La Métamorphose bien sûr, mais j’aime énormément une de ses dernières nouvelles : le Terrier. « L’animal qui parle » et creuse est un être hybride, il a à la fois un visage et des griffes. Je crois que c’est l’incarnation hallucinée de la maladie qui le ronge, la mort qui le hante. C’est un peu comme notre rapace dans la pièce, non ? Le texte est une hallucination. »

©Anthony Devaux / Stéphane Ducreux
PRODUCTION Théâtre O
COPRODUCTION Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines, La HAG – Scène Nationale de Blois, La Manufacture – Centre Dramatique National de Nancy
RÉSIDENCES DE CRÉATION Studio des auteurs SACD – Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines, La HAG – Scène Nationale de Blois, La Manufacture – Centre Dramatique National de Nancy
Accompagnement production En Votre Compagnie / Olivier Talpaert

Texte Alexandre Horréard
Mise en scène et interprétation Laurent Charpentier, assisté de Jérémy Flaum
Scénographie Gaspard Pinta
Conception lumières Laïs Foulc
Conception sonore Madame Miniature
Conseil chorégraphique Alexandre Nadra
Dessin vidéo Inès Bernard-Espina
Regard Delphine Cogniard

À partir de 14 ans

Lundi, mardi, mercredi à 19h30
Jeudi, vendredi à 20h30
Samedi 18 mars à 20h30
Samedi 25 mars à 18h
Relâche lundi 20 mars

Durée : 1h15
Petite Salle
Carte TO
Plein tarif 20€ 10€
Tarif réduit 14€ 8€
Universités, lycées, collègesgratuité pour les accompagnateurs 8€
Associations, groupesà partir de 6 personnes 8€
Comité d'entreprise, adhérents Ticket-Théâtre(s) 12€