Vendredi 26 mai à 19h30

Son arrivée, tout à fait annoncée, reste une surprise jusqu’au dernier moment. Contrairement à l’image assez répandue du petit rôti, il ne fait pas de doute qu’il s’agit déjà d’une personne. Après les premiers jours dans une chambre exiguë, il est temps de sortir pour retrouver le vaste monde.

Ils ont descendu les cinq ou six marches qui séparent la chaussée de l’établissement. L’homme ouvre les portières de son taxi, un monospace noir et brillant dont la carrosserie bombée reflète telle une lentille optique l’image anamorphosée des immeubles, des bâtiments autour et d’une partie du ciel, et dont les reliefs courbes attrapent les rayons du soleil pour les renvoyer sous forme de flashes. La rue entière semble vouloir se pencher sur les ailes étincelantes du véhicule et se contorsionner afin d’apercevoir un peu du jeune visage avant que les portières ne se referment. Les lampadaires, les façades ravalées, les portes à digicode, les quelques arbres et les panneaux de stationnement dévoilent ainsi leur vraie nature : ce sont des fées souples comme des roseaux et curieuses comme des chouettes. 

Valérie Mréjen 

…………..

LA PRESSE 

Marine Landrot, Télérama, 9 janvier 2017

Dans l’oeuvre en forme de carnet du jour que fait épisodiquement paraître Valérie Mréjen, les faire-part de décès et de naissance se succèdent avec la même intensité. Après s’être arrimée à la mort, dans son puissant livre-tombeau Forêt noire (2012), la voilà qui se blottit au creux de la vie, dans ce délicat ouvrage échographique, dont le titre, Troisième personne, est une caresse au nouveau-né qui vient transformer le quotidien d’un couple. Loin d’elle la tentation de rechercher la complicité de celles qui sont passées par là, ou de céder au nombrilisme de la femme persuadée que la circonférence de son ventre fécondé équivaut à celle du globe terrestre.

Dans une écriture très distanciée, et pourtant enfouie à l’intérieur de la chair d’une parturiente, Valérie Mréjen capte les changements subreptices que cette mise au monde implique. Transparentes et décidées, ses phrases filent comme le temps, et suivent la croissance d’une petite fille invisible, jamais nommée, mais promise à l’inéluctable détachement. Comme toujours chez cette écrivaine, l’admi­ration pour Nathalie Sarraute se chuchote entre les mots, simples, essentiels, concrets, un peu moqueurs parfois, et soudain retenus. Un roman dense, manifeste et léger comme le souffle d’un nourrisson, que toute future mère devrait glisser dans sa valise pour la maternité.

……..

Anne Diatkine, ELLE, 6 janvier 2017

Avouons-le, on aurait aimé écrire Troisième Personne, de Valérie Mréjen, et on est prêt à parier que tout parent adorerait être l’auteur de ce récit sobre, jamais mièvre et pourtant complètement amoureux, qui relate les sensations et étapes de la naissance d’un bébé jusqu’à ses premiers pas de course, quand l’enfant se précipite pour saluer les vagues. Comment raconter ce miracle toujours renouvelé de l’arrivée d’un nouvel être à la maison, les menus bouleversements, la fatigue, l’inquiétude, et surtout l’émerveillement : celui du bébé pour le monde nouveau et celui qu’on lui porte, alors qu’il ne cesse de bouger. Comment saisir ce mouvement ? Valérie Mréjen a une baguette magique, un truc, pour éviter l’attendrissement poisseux et provoquer l’identification du lecteur vers quelque chose de plus universel : la troisième personne Qui n’est pas seulement le nouvel arrivant, mais la forme grammaticale privilégiée pour évoquer la mère, le père, et tout ce que la mémoire gomme : les premiers bruits de succion, le premier rire aux éclats, le premier « je t’aime » du nouveau-né, sa première conscience d’autrui, mais aussi les deux octogénaires aux boucles gris mauve, sur le quai d’un métro, qui pressent le pas pour embrasser le bébé qu’elles auront oublié deux minutes plus tard. Dans cette nouvelle vie, il y a bien sûr l’épuisement et la difficulté à se mettre à travailler le soir, puisque la journée est entièrement dévolue au petit être, mais aussi la première fois où la mère parvient enfin à dire « ma fille » dans une conversation, c’est-à-dire à se positionner autrement. Le récit pourrait être énumératif. Il ne l’est jamais, car Valérie Mréjen est continuellement réflexive, chaque remorque engendre sa pensée qui rejoint constamment celle du lecteur. On rêve de glisser ce livre dans toutes les poussettes des bébés connus, inconnus, croisés dans la rue, dans la besace des futurs parents, grands-parents, parrains, marraines. Et finalement dans les mains de l’humanité tout entière.

Mohammed Aïssaoui, Le Figaro littéraire,  février 2017

Une artiste multiple qui use des mots et des images. Cela se ressent dans son nouveau titre, Troisième Personne, où elle réalise une sacrée performance sur un sujet pourtant rabâché par beaucoup et traité par les plus grands : lorsque l’enfant paraît. Ce thème renvoie bien trop souvent au pathos, lyrisme et autres excès. Avec elle, c’est tout le contraire : le minimalisme explose d’émotions.

Froggydelight

Le texte est paru aux éditions P.O.L

par Laurent Poitrenaux 

Durée : 50 min

Présentation des ateliers dramaturgiques

Vendredi 16 décembre à 19h

L’an dernier, les étudiants ont confronté leurs points de vue sur les nouvelles dramaturgies à partir de la lecture de manuscrits inédits d’auteurs émergents, sélectionnés par Théâtre Ouvert. En décembre, Théâtre Ouvert leur ouvre ses espaces et leur offre un temps de pratique où durant quinze jours ils exercent leur futur talent de metteurs en scène ou de dramaturges à la mise en voix de textes qu’ils auront lus et choisis. Ils bénéficieront de la collaboration précieuse des auteurs qui seront présents lors du travail de répétition, avant de proposer au public une présentation suivie d’un dialogue avec les spectateurs. 

avec le soutien de l’Université Paris Ouest-Nanterre La Défense 

avec Elisabeth BazFlavien BellecEtienne BlancSimon BomoMarie CousseauDoroteja GajicMariana GeorgievaAgathe HerrySaeed Mirzaei-FardKadri Ege OlgaçMaxime Poisot, Maria Carolina Rebolledo-VeraFlore SimonNatacha SteckElena SukhanakovaJean-Michel SusiniNicolas TejeraAnaïs Van Overbeck            

…………………….

Convulsions (extrait), d’Hakim Bah
mise en voix : Maxime Poisot 
avec Simon BomoMariana GeorgievaJean-Michel Susini 

Convulsions (extrait), d’Hakim Bah
mise en voix : Jean-Michel Susini
dramaturgie : Elena Sukhanakova et Jean-Michel Susini
musique : Elena Sukhanakova
avec Elisabeth BazFlavien BellecMarie CousseauEge OlgaçMaxime PoisotMaria Carolina Rebolledo-VeraElena SukhanakovaJean-Michel Susini

Convulsions (extrait), d’Hakim Bah
mise en voix : Maria Carolina Rebolledo Vera
assistante à la mise en voix : Natacha Steck
avec Marie Cousseau, Nicolas Girola, Ege Olgaç

Bienvenue sur Terre, d’après Convulsions, d’Hakim Bah
Adaptation, mise en voix et interprétation : Flavien Bellec, Étienne Blanc, Doroteja Gajic, Anaïs Van Overbeck

Rouge Lila ou La Peau d’argent, de Aurore Jacob
mise en voix Elisabeth Baz, Marie Cousseau
avec Elisabeth Baz, Marie Cousseau, Mariana Georgieva, Saeed Mirzaei, Nicolas Tejera

Feutrine de Sandrine Roche
Adaptation, mise en voix et interprétation : Simon Bomo, Agathe HerryElena Sukhanakov
Musique : Elena SukhanakovFeodor Sukhanakov
Son : Flore Simon

 
Durée : 1h45
Dimanche 4 décembre 2016 à 16h

Homme cherche homme jeune et bien bâti pour être abattu, puis mangé.

En 2001 à Rothenburg, Armin Meiwes reçoit chez lui Bernd Jürgen Brandes. Après une soirée ritualisée, millimétrée, Bernd consent à se laisser aimer, tuer, cuisiner puis dévorer par Armin.

« Il rêvait de quelqu’un qui serait pour toujours avec lui », dira Meiwes depuis sa prison.

À quoi rêvait Bernd avant de répondre à cette annonce ?

Dans quels paysages errait sa mélancolie ? Comment traduire cette mélancolie ?

Voici quatre propositions.

La cause littéraire

coproduction Festival Jamais Lu (Montréal), Théâtre Ouvert 

avec le soutien du d’Artcena, du CALQ, du Consulat Général de France à Montréal, de la Délégation générale du Québec à Paris, du Festival Jamais Lu (Montréal)

avec participation artistique du Studio d’Asnières-ESCA

mise en voix Catherine Vidal

avec Hélène Gratet, Dominique Laidet, Nelson Rafaëll Madel, Thomas Matalou, Guillaume Mika, Sarah Tick, Nanténé Traoré

Durée : 1h15
Samedi 3 décembre 2016 à 20h

Un café parisien et une journée qui s’écoule, depuis l’ouverture au petit matin jusqu’à la fermeture tard dans la nuit, une journée qui pourrait être le condensé d’une année de vie, un lieu clos dans lequel le monde se réfléchit comme dans un miroir.

Et puis les gens, les personnages. Un microcosme où les univers buttent les uns contre les autres. Le chœur des serveuses aux prises avec la vaisselle, les commandes improbables et les questions existentielles. Le couple de la table 13 qui rêve d’envols amoureux, mais n’arrive pas à décoller du guéridon poisseux de bière renversée. Les cuisiniers kurdes se chamaillant en cuisine.

Passant de l’un à l’autre, à la manière de « short cut », jouant sur les infimes glissements qui s’opèrent d’un instant au suivant, et qui au terme de cette journée dessinent des destinées qui basculent. Au terme de cette journée, et dans la dernière partie de la pièce, des mondes qui n’auraient jamais dû se rencontrer vont se retrouver étroitement liés.

culture dessinée

coproduction Festival Jamais Lu (Montréal), Théâtre Ouvert 

avec le soutien du d’Artcena, du CALQ, du Consulat Général de France à Montréal, de la Délégation générale du Québec à Paris, du Festival Jamais Lu (Montréal)

avec participation artistique du Studio d’Asnières-ESCA

mise en voix Benoît Vermeulen

avec Étienne Bianco, Dominique Laidet, Thomas Matalou, Maïka Louakairim, Sarah Tick, Nanténé Traoré, Jennie-Anne Walker

et les voix d’Hélène Gratet, Nelson Rafaëll Madel, Guillaume Mika

Durée : 1h
Samedi 3 décembre 2016 à 18h30

Max a 16 ans. Max est parti. Sans dire ciao. Combien de temps, on ne sait pas. Où il est, on ne sait pas non plus. Jusqu’au jour où une vidéo est diffusée sur son compte facebook. Dans cette vidéo, on voit Max exécuter un type habillé en orange.

Une psychologue, Louise, est appelée au sein de l’établissement scolaire afin de récolter la parole des lycéens et du personnel, de les faire parler pour que rien ne pourrisse. Elle y rencontre Simon et George, les meilleurs amis de Max. Les deux adolescents cachent pourtant leur secret : ils ont décidé de kidnapper Selma, la petite amie de Max, pour qu’elle n’aille pas le rejoindre au bord du monde. Persuadés qu’elle est contaminée par l’obscur et Le Sheitan, ils sont prêts à tout pour la soigner et s’en remettent aux conseils d’Eddy, surveillant dans leur lycée, lui-même convaincu que l’action qu’ils mènent est juste et nécessaire pour le pays, la patrie, la nation.

Mais quand on a 16 ans et que les peurs prennent le pas sur la raison, rien ne se passe vraiment comme prévu…Max a 16 ans. Max est parti. Sans dire ciao. Combien de temps, on ne sait pas. Où il est, on ne sait pas non plus. Jusqu’au jour où une vidéo est diffusée sur son compte facebook. Dans cette vidéo, on voit Max exécuter un type habillé en orange.

Une psychologue, Louise, est appelée au sein de l’établissement scolaire afin de récolter la parole des lycéens et du personnel, de les faire parler pour que rien ne pourrisse. Elle y rencontre Simon et George, les meilleurs amis de Max. Les deux adolescents cachent pourtant leur secret : ils ont décidé de kidnapper Selma, la petite amie de Max, pour qu’elle n’aille pas le rejoindre au bord du monde. Persuadés qu’elle est contaminée par l’obscur et Le Sheitan, ils sont prêts à tout pour la soigner et s’en remettent aux conseils d’Eddy, surveillant dans leur lycée, lui-même convaincu que l’action qu’ils mènent est juste et nécessaire pour le pays, la patrie, la nation.

Mais quand on a 16 ans et que les peurs prennent le pas sur la raison, rien ne se passe vraiment comme prévu…

Culture dessinée

coproduction Festival Jamais Lu (Montréal), Théâtre Ouvert 

avec le soutien du d’Artcena, du CALQ, du Consulat Général de France à Montréal, de la Délégation générale du Québec à Paris, du Festival Jamais Lu (Montréal)

avec participation artistique du Studio d’Asnières-ESCA

Mise en voix Sophie Cadieux

avec Étienne Bianco, Hélène Gratet, Maïka Louakairim, Thomas Matalou, Guillaume Mika

Durée : 1h15
Vendredi 2 décembre 2016 à 20h

Sur fond de situation insurrectionnelle et de quasi guerre civile, quatre trentenaires se retrouvent dans une maison de campagne isolée, cherchant à faire le point sur l’état de délabrement du pays, et sur leurs propres incapacités à penser des alternatives concrètes. L’un d’eux leur fait part d’une découverte stupéfiante qui va les conduire plus profondément encore dans l’expectative.
Ils passent alors une nuit entière à explorer les méandres d’un blog aux auteurs inconnus, qui relate, documents à l’appui, la vie d’une Cité terrifiante dont les habitants tentent eux aussi d’échapper à leurs propres impasses.

…………….

« Il était à peine 21h30. On entendait même pas les hurlements des sirènes de police qui ramassaient dans les environs les derniers manifestants qui osaient encore protester contre le résultat des élections. Nous aurions pu être parmi eux, assistant à l’achèvement programmé de ce qu’il restait de notre démocratie. Mais non. Nous étions bien au chaud dans cette maison à moitié en ruines, perdus dans le trou du cul de la France, cette maison que V. et D. retapaient tranquillement, et où personne, pensions-nous alors, ne pourrait nous trouver, malgré nos liens avérés avec les activistes de tous poils. Nous n’avions plus peur de rien, sans salaires, sans perspective concrète, nous étions libérés de tout. Prêts à nous jeter dans le début d’une nouvelle forme d’aventure. 

V. avait imprimé des centaines de pages, avait tout sauvegardé sur des clés Usb, puis avait définitivement débranché toute connexion internet, trop certain que sa découverte était potentiellement explosive dans le contexte actuel. Et il commença à nous lire, et à nous faire lire – et on sentait dès le début que ça allait durer toute la nuit – les extraits du blog de son père, les extraits de : ysaromes.arpa « .

Culture dessinée

coproduction Festival Jamais Lu (Montréal), Théâtre Ouvert 

avec le soutien du d’Artcena, du CALQ, du Consulat Général de France à Montréal, de la Délégation générale du Québec à Paris, du Festival Jamais Lu (Montréal)

avec participation artistique du Studio d’Asnières-ESCA

Mise en voix Martin Faucher

avec Etienne Bianco, Hélène Gratet, Dominique Laidet, Maïka Louakairim, Nelson Rafaëll Madel, Thomas Matalou, Guillaume Mika, Sarah Tick, Nanténé Traoré, Jennie-Anne Walker

Durée : 1h50
Festival F.T.O#3 Focus à Théâtre Ouvert

Ces regards amoureux de garçons altérés

Vendredi 25 novembre 2016 à 20h30

« Assis sur le lit de la chambre 158, j’imagine. Je raconte. J’imagine que je raconte. Que j’ai cette force-là. Que je fuis plus. De peur de me montrer. La honte : ma maigreur, mes tics, mes pupilles, ma confusion. J’imagine que je joue, qu’il y a un public, que c’est un jeu, que je joue un monologue, une tirade pour Manu qui commence par : ʺsur la porte de la chambre 158, le préposé cogne trois coupsʺ.

…………….

Dans un sauna gai de Montréal, une chambre minuscule se transforme en théâtre de la confession. Un homme y est enfermé, drogué jusqu’aux os, depuis 60 heures, depuis toujours. Son corps ne lui appartient plus et sa parole, propulsée par le Cristal Meth, est inexorable. Il raconte dans le désordre – comme il peut – les dernières années, les dernières heures. Dans le trou noir du deuil amoureux, la tête pleine, le cœur affolé, il se débat avec son envie de disparaître.

En collaboration avec le Théâtre National de Strasbourg  

par et avec Stanislas Nordey

Durée :
Festival F.T.O#3 Focus à Théâtre Ouvert

La vie n’est pas une chose facile

Vendredi 25 novembre 2016 à 19h

La vie n’est pas une chose facile de l’autrice grecque Georgia Mavraganis parle d’un âge que nous avons tous vécu. L’adolescence. Avec ses colères, ses mystères et ses questions. Nous avons tous eu le désir d’un monde meilleur et nous avons luté avec nos limites.
Dans ce texte,
 on parle de la famille. On parle d’angoisse. De la peur. De l’autre. Des mots se déversent. Des questions se posent. De qui et quoi héritons nous depuis notre naissance ? Qui sommes-nous ? D’où vient-on ? Vers où va-t-on ?

Porté par un chœur de jeunes gens, ce texte est un témoignage d’une génération actuelle. Une génération qui cherche son futur. Qui se construit sur une histoire chargée. Comment garder son innocence, sa candeur dans un monde qui semble nous pousser vite à devenir des « grands » ? Plus le temps de la réflexion, plus le temps du partage. Et ça s’accélère. Et ça s’accumule. Nous sommes des machines connectées en permanence à un réseau. A partir de là, la solitude s’installe, l’enfermement grandit et l’illusion de la communication n’est qu’un écho à ce manque de réel. On devient vite des adultes. On commence vite à donner des ordres. On commence à décider pour les autres. On vieillit dans nos esprits et on se construit en fonction de la norme.

Eugen Jebeleanu

En partenariat le Centre Culturel Hellénique, le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique

traduit du grec par Christine Avgeris

par Eugen Jebeleanu

avec des élèves du CNSAD : Birane BaCamille Constantin, Aurélien Feng,  Etienne Galharague, Bénédicte MbembaEmma Meunier, Charlaine Nezan, Mathieu Perotto (distribution en cours) 

Durée : 50 min
Petite Salle
Festival F.T.O#3 Focus à Théâtre Ouvert

B.A.B.A.R (Le transparent noir)

Jeudi 24 novembre 2016 à 20h30

Le week-end souvent je rends visite à mon grand-père. Il vit seul depuis le décès de sa femme. J’ai huit ans. J’habite un petit village de campagne. Le bruit du monde l’a épargné. J’ai huit ans. Je dois apprendre vaguement quelque chose sur l’histoire de France. A l’école je veux dire. C’est mon père l’instituteur. Chez moi l’éducation est une histoire de famille. Nous sommes de gauche. Mon père croit aux vertus de l’école et moi aussi d’ailleurs. Lui croit à la république, c’est ici que nos chemins se séparent. Un week-end donc. J’ai huit ans. A cette époque bien sûr je ne sais pas ce que c’est qu’un document d’histoire. Je revois la scène, précisément. Les griffes de la mine sur les feuilles défilantes. Un dessin animé. Celui d’un éléphant gris. Babar. Je suis assis confortablement dans un petit fauteuil en toile où les jambes peuvent se rabattre. Mon grand-père est au sous-sol en train de faire fumer la saucisse. Il était boucher et c’est peut-être pour cela que j’écris. Je reprends. Babar donc. La scène. Moi assis confortablement dans mon petit bien-être français et lui et ses parents dans une savane sauvage et inhospitalière. Voilà les chasseurs qui s’approchent. Deux balles pour la mère. Deux balles pour le père. Je crie. J’ai huit ans. Mon grand-père accourt. – c’est pas grave gamin qu’il dit. Puis me tend un Rocher Suchard. J’ai de l’embonpoint je ne devrais pas. J’accepte. Le dessin animé se poursuit. À cette époque je ne connaissais pas nos républiques bananières et cacaotières africaines. Je ne savais rien de la Côte d’Ivoire. De Vinci au Niger. Le dessin animé se poursuit donc. Babar gris – le transparent noir – se voit recueilli par une grand-mère française. Et voilà la vieille république qui joue de son humanisme ancestrale. Et voilà Babar dépossédé de sa barbarie, et le voilà devenu roi. À cette époque, je n’avais pas eu connaissance des massacres de Sétif, Madagascar, Haiphong, Casablanca, Douala, Thiaroye, Conakry. A cette époque, nous regardions Babar avec mon grand père en mangeant des rochers Suchard, et, je l’avoue, c’était bien. A la fin le roi Babar triomphait, l’humanisme républicain également. Mais ce week-end, mon grand-père est mort. 

Guillaume Cayet

Site Le Désordre des choses

Production Compagnie Le Désordre des Choses, Théâtre Ouvert

Soutien en résidence la Chartreuse-Villeneuve lez Avignon

Ce texte a reçu une bourse d’écriture du Centre national du livre 

……………………..

mise en voix Le Désordre des choses 

création sonore Antoine Briot

avec Colette Chatonier, Anne DurandYoli FullerEmmanuel Matte, Maurin OllesAurélia Lüscher

Durée : 1h25
Festival F.T.O#3 Focus à Théâtre Ouvert

Pourtant personne n’est mort

Jeudi 24 novembre 2016 à 19h

Un homme, plus très jeune et pas encore tout à fait vieux. Nous sommes chez lui. Entouré de dessins de femmes, il décide de profiter des vacances d’été pour « refaire son intérieur ». Pendant trois années, nous suivons sa solitude, son errance, sa tentative pour se raccrocher au présent. Entre ressassements, rêves et illusions, cet homme tente pourtant d’effectuer quelque chose de concret, de matériel, de physique : faire des travaux dans son appartement, pour y inviter une femme, et retrouver l’amour.

Ce monologue, interrompu par des apparitions de jeunes femmes, souvenirs et/ou fantasmes, interroge l’isolement et la question latente de la dépression.

Cette figure, entre présence/absence, se présente devant nous, sans complaisance, en s’assumant et se riant de lui-même. 

…………

« Je pourrais crever là.
Quand on s’en rendra compte, mon corps sera déjà en voie de décomposition dans mon drap bio. 
Peut-être que ça conserve mieux. 
Je demanderai à la petite vendeuse à l’occasion.
Lucie.
Mes cendres seront jetées du Mont Incudine. Fragmentées en particules volantes. 
Comme ça personne ne se sentira obligé de venir pleurer sur ma tombe. Parce qu’il faut être poli. Parce qu’il faut avoir bonne conscience. Les fleurs fanées dans les cimetières sont vulgaires. »  

Toute la culture

Coproduction le Grand cerf bleu, Théâtre Ouvert
Avec le soutien de la Région Ile-de-France du Théâtre, Sortie-Ouest et La Loge 

mise en espace Gabriel Tur / Collectif le Grand cerf bleu

avec Marc Berman , Marine Garcia-Garnier, Ines Grunenwald, Laureline Le Bris-Cep, Yoanna Marilleaud, Marion Noone, Zelda Perez, Brune Renault, Florence Weber

Durée : 1h15
Petite Salle