L’Effondrement des glaciers

Du 19 au 30 avril

Été 1980. Yann Lemée, 28 ans, étudiant en philosophie et homosexuel, frappe à la porte de son idole, Marguerite Duras. Il ne la quittera plus. Rapidement, l’écrivaine va tenter de façonner la vie du jeune homme à son image, jusqu’à vouloir le rebaptiser Yann Andréa. Commence alors une relation vertigineuse qui entremêle la vérité et la fiction, l’intensité et la destruction, et que l’on considère encore comme l’une des grandes passions qui ont marqué l’histoire de la littérature.

Au gré d’une narration fragmentaire, composée d’éléments d’archives et de scènes réinventées, L’Effondrement des glaciers navigue à travers l’histoire de Yann Lemée, pour opérer un retournement de point de vue et tenter de redonner voix à celui qui est devenu un personnage de l’oeuvre de Duras. La pièce s’emploie à confronter ce qui reste encore idéalisé dans l’imaginaire collectif et nous invite à questionner nos ambivalences, en replaçant cette relation à échelle humaine. Est-ce que l’amour peut prendre racine dans la fascination d’un être pour un autre ? Peut-on accorder une place à la violence dans l’intime ? Sous quelle(s) condition(s) ? Où s’arrête l’amour et où commence l’abus ? Et, en filigrane, qu’est-ce qui fait que la postérité décide de retenir telle ou telle version de l’histoire et sur quoi choisit-elle de fermer les yeux ?

EXTRAIT

Cet été-là : celui de notre rencontre à l’Hôtel des Roches noires.
Au seuil de sa porte.
Une valise est posée à mes pieds.

[…]

– Alors, vous êtes homosexuel ?
– Oui.
– Vous ne l’aviez jamais dit.
– Excusez-moi.
– Homosexuel ?
– Oui.
– C’est impossible, ça.

– Et vous avez vingt-cinq ans ?
– Vingt-huit.
– J’en ai soixante-six.
– Je sais.
– C’est impossible.
– Impossible ?
– Impossible.
– Qu’est ce que vous voulez dire ? Vous souhaitez que je parte ?
– Je veux dire que c’est l’impossible qui rend cette rencontre aussi merveilleuse.

NOTE D’INTENTION

« Dans L’Effondrement des glaciers, il est justement question de récits, d’aller interroger l’imaginaire de la passion amoureuse qui est le nôtre et qui a largement été porté par la littérature au fil des siècles. Un imaginaire qu’on a longtemps considérée comme la forme la plus intense de l’amour et que l’on regarde aujourd’hui avec davantage de distance critique. En particulier, je souhaite décortiquer les mécanismes de l’emprise amoureuse, car à mon sens, ils embrassent toutes les problématiques liées à l’imaginaire en question : fascination abusive exercée par un « bourreau » charismatique, stratégies de manipulations qui déforment le rapport au réel, comportements toxiques qui alternent phase de récompense et de punition, contrôle et surveillance de la vie de la victime, ou encore, au bout de cette chaîne de violence et dans les cas les plus tragiques, meurtre quand la victime cherche à dire « non » et/ou à s’émanciper.

De fait, de nombreux cas de féminicides commencent par des situations d’emprise.

En particulier, j’ai voulu écrire sur la relation qui a uni Yann Lemée et Marguerite Duras. D’une part parce qu’on a présenté ce duo comme un couple mythique de la littérature contemporaine, quand il semble, à mes yeux, être à tel point gangrené par les dysfonctionnements et les abus que j’ai du mal à trouver une quelconque forme de beauté dans cette histoire. D’autre part, parce que Yann Lemée m’a semblé être lui-même une victime d’emprise. En effet, il a été le dernier compagnon de l’écrivaine, entre 1980 et 1996. Il était fasciné par son oeuvre et c’est ce qui l’a poussé à vouloir la rencontrer. Il est ensuite devenu une sorte de Galathée, que Duras a façonné à son image, en le rabaissant et en l’humiliant régulièrement, en adorant chez lui l’idée qu’il n’était rien, en l’enjoignant à se taire, à couper tous liens avec ses relations passées, jusqu’à lui faire changer de nom et le transformer en personnage de ses livres : ainsi est-il devenu Yann Andréa. » – Pierre Koestel

PRODUCTION Le Sens Opposé
COPRODUCTION Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines

Texte et dramaturgie Pierre Koestel
à paraitre aux éditions Théâtre Ouvert | TAPUSCRIT
Mise en scène Angèle Peyrade
Avec Louise Morin, Gabriel Rouvière et la voix de Claire Duchêne
Création lumières Gaspard Gauthier
Création sonore David Hess
Costumes Gwladys Duthil
Scénographie Clara Georges Sartorio

 

À partir de 15 ans

LUN, MAR, MER À 19H30
JEU, VEN À 20H30
SAM À 18H

Durée : (estimée) 1h30
Grande Salle
Carte TO
Plein tarif 20€ 14€
Tarif réduit 14€ 10€
Universités, lycées, collègesgratuité pour les accompagnateurs 8€
Associations, groupesà partir de 6 personnes 8€
Comité d'entreprise, adhérents Ticket-Théâtre(s) 12€