dimanche 22 mars à 16h

C’est une histoire banale, en apparence. Fanny vient tout juste d’avoir 55 ans. Elle vit avec son conjoint Dorian une magnifique et inaltérable histoire d’amour. Ils sont heureux. Véritablement heureux. Le couple, qui habite dans une maison assez confortable et un peu trop grande pour eux, décide d’accueillir une locataire pour occuper une chambre inhabitée. Ils ne le font pas pour l’argent, mais pour faire du mouvement dans leur vie un peu trop stable. Ils se sentent peut-être injustement heureux. Ils voudraient être utiles. Peu importe les raisons qui font qu’ils ouvrent la porte à cette universitaire, étudiante en philosophie, ils seront confrontés à une jeunesse engagée, foncièrement différente d’eux. Et pour Fanny, cette rencontre déclenchera un désir absolu de redéfinir sa façon d’être au monde. Parce que malgré un bonheur évident, un équilibre sain, elle a envie de se remplir de partout. De faire éclater un peu de son univers et d’agir, peut-être, comme une courroie de transmission entre son ici et cette jeunesse qu’elle tente de comprendre. De comprendre pour vrai.

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EXTRAIT

Je suis très satisfaite de ma vie pis de toute ok

C’est juste que

Le sais-tu c’est quoi vieillir ?

Le sais-tu c’est quoi avoir l’impression que tout t’échappe

Le sais-tu comment on se sent la première fois qu’on entend le mot pansexuel sans savoir ce que ça veut dire ?

Je veux juste comprendre

Comprendre pour vrai

Comprendre comme si j’étais comme si j’étais là

Parce que c’est ça le vrai pire dans le fait de vieillir

C’est d’être à l’extérieur de la pensée qui se transforme

 

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LE MOT DE L’AUTRICE

 

J’ai envie d’écrire sur ce que ça me fait, vieillir. J’ai envie d’écrire sur nos corps qui s’échappent d’une jeunesse fugace, oui. Mais j’ai surtout envie de pousser la perspective plus loin. Parce que je ne veux pas enfermer la réflexion dans ses propres limites : bien sûr que je pense que c’est difficile de voir son corps vieillir, de le voir s’essouffler plus vite, de perdre les contours habitués de son visage, de sentir que la fatigue est plus têtue. Bien sûr que pour les femmes, la question du regard de l’Autre est douloureuse, que les discours sociétaux sont parfois dégoutants. Mais justement. Je ne veux pas nourrir ce stéréotype en attaquant le stéréotype.

J’ai envie de prendre la question autrement. De la tordre un peu. J’ai envie de la prendre du point de vue de la tête. Qu’est-ce que ça change, vieillir, sur notre regard sur le monde ? Comment on réussit à arrimer nos convictions à celle d’une jeunesse qui respire mieux que nous, plus rapidement que nous. Comment on fait pour s’inscrire dans tout ça ? Pour accueillir une pensée progressiste sans la détourner, sans la dénigrer, sans la juger ? Comment on fait pour accepter de transformer notre vision des choses ? Et si, au final, la réponse se trouvait dans la curiosité réelle, une curiosité réciproque entre toutes les générations. Je ne crois pas qu’il faille rompre avec notre Histoire, au contraire. Je crois qu’il faut qu’elle nous emplisse, cette Histoire, qu’elle change les paramètres de notre regard. Mais je crois aussi qu’il faut se laisser toucher par la nouvelle parole, une parole faite d’une vivacité nouvelle, une parole qui réfléchit autrement, qui trouve un sens qui puisse très souvent nous échapper. Et je crois qu’on peut se laisser transformer à tout jamais par les discours parfois confrontant d’une jeunesse debout.

Je ne suis pas très vieille. Je ne suis pas très jeune. J’ai 36 ans. Et déjà, je sens que l’espace s’élargit. Quand je sors dans les bars, mes repères sont condamnés à être fragilisés. Quand j’échange avec une personne non-binaire de vingt ans, je me sens usagée. C’est déjà présent ; les pensées progressistes vont plus vite que moi et je me surprends à réfléchir comme une adulte, une adulte qui fronce les sourcils devant une jeunesse immature. Et ça me fait peur. – 5 –

 

Parce que j’ai envie d’espérer que la vie soit toujours retentissante, que la curiosité ne se surmène jamais.

Le personnage de Fanny est une femme qui ne souffre pas tellement, mais qui s’aperçoit, au contact d’Alice, du décalage ahurissant entre la jeunesse et sa demie-vieillesse. Elle ne comprend pas tant le « nouveau » féminisme de sa locataire, ni son regard sur le monde et elle décide, à la place d’être en réaction, d’essayer de comprendre. Et ce pas, difficile, va la plonger en elle-même. Parce qu’il faut toujours accepter de se remettre en question. Parce que même si ce n’est pas confortable, il me semble que c’est la seule façon de laisser la vie entrer en soi pis par partout. Il me semble que c’est la seule façon de continuer à s’inscrire dans notre société.

 

Rébecca Deraspe

 

 

 

 

Production O’Brother Company

Coproduction ACB de Bar-le-Duc, (en cours…)

La O’Brother Company a passé une commande d’écriture à l’autrice canadienne Rébecca Déraspe, spécialement pour les acteurs du collectif Fabien Joubert et Gisèle Torterolo, auxquels s’adjoindra une jeune comédienne fraîchement sortie du TNS, Elphège Kongombé.

Mise en voix Rémy Barché

avec Fabien Joubert, Elphège Kongombé, Gisèle Torterolo

Durée :
Carte TO
Plein tarif 5€ Entrée libre
Tarif réduit 3€ Entrée libre
Universités, lycées, collègesgratuité pour les accompagnateurs 5€
Associations, groupesà partir de 6 personnes 5€
Comité d'entreprise, adhérents Ticket-Théâtre(s) 5€