Note de Marc Lainé, dimanche 15 novembre 2015

Note de Marc Lainé, dimanche 15 novembre 2015
Dans quelques jours, nous allons présenter à Théâtre Ouvert une mise en espace d’une pièce de Simon Diard qui s’appelle La Fusillade sur une plage d’Allemagne. En travaillant sur ce texte, nous avons découvert un matériau complexe, volatile, qui échappait à toute « résolution », mais dont le pouvoir de fascination tient précisément au fait d’offrir une infinité d’interprétations possibles.

La Fusillade sur une plage d’Allemagne ne traite pas directement, factuellement, de l’actualité immédiate ou récente. Pourtant, les attentats du 13 novembre orientent le regard et l’écoute que nous portons sur elle.

La violence des récits de la première partie de La Fusillade sur une plage d’Allemagne devrait être inimaginable. Elle ne l’est plus. Elle envahit désormais nos écrans, nos imaginaires, nos vies. En revanche, la situation que propose Simon Diard dans la deuxième partie de sa pièce est beaucoup plus difficile à imaginer et donc à représenter : comment envisager qu’un « groupe de personnes » décide de mettre à mort un individu sans autre « justification » que des récits, des fictions ? Et qu’est-ce que nous révèlent alors ces fictions sur ceux-là même qui les inventent pour légitimer leur volonté de tuer ? Qu’est-ce qu’elles nous apprennent de leur peur, de leur paranoïa, de leur haine, de leur propre désir de mort ?

Notre époque saturée et terrorisée par la violence et ses représentations peut-elle faire naître parmi nous des meurtriers aussi monstrueux que ceux qui nous menacent ?

Je crois que ce sont les questions que pose la pièce de Simon Diard et que nous sommes plus que jamais sommés de faire entendre.

Les derniers mots prononcés dans la pièce sont : »Ich weiss nicht. » Je ne sais pas.