Caroline Marcilhac : « Accompagner les nouvelles écritures »

Théâtre Ouvert

Naja 21, 22 octobre 2021

 

Théâtre Ouvert s’inscrit dans la continuité, qu’en est-il aujourd’hui ?

J’ai voulu diriger Théâtre Ouvert parce que j’étais convaincue que la mission d’accompagnement des nouvelles écritures était toujours d’actualité. Ce centre national, dont la mission principale est de contribuer au renouvellement des dramaturgies contemporaines, est à part dans le paysage culturel. Ne serait-ce que parce qu’elle est dévolue aux auteurs. Théâtre Ouvert est un lieu de représentation, mais toutes les démarches que nous accompagnons ont pour origine un auteur de théâtre. Nous mettons en œuvre des actions pour développer le travail de cette autrice ou de cet auteur en début de parcours, en l’accompagnant depuis une version de son texte jusqu’à le rendre visible. Cela peut passer par la production de spectacles, ou par l’édition du texte.

 

Parmi les dispositifs d’accompagnement, y a-t-il des résidences d’écriture ?

Si un texte nous semble intéressant, on peut aider à développer l’écriture avec la mise à disposition d’un plateau. Un espace-temps de recherche de développement est à ce moment proposé, avec des comédiens, metteurs en scène, qui viennent travailler sur le texte, en présence de l’auteur-rice. Nous appelons ce laboratoire l’école pratique des auteurs de théâtre. On clôture ce dispositif par une mise en relation avec des spectateurs. Leur regard et leurs retours sont nécessaires. Parfois on choisit de faire entendre le texte. Lectures, mises en espace ou spectacles sont programmés plusieurs fois dans l’année. Ces étapes s’inscrivent dans le parcours de l’artiste.

 

Certains de ces textes sont représentés…

Oui. En nous installant boulevard Gambetta, nous disposons d’outils supplémentaires, notamment un grand plateau. En témoigne l’aventure que nous avons menée avec le comédien, metteur en scène et auteur Baptiste Amann qui a inauguré ce nouveau lieu. Quand nous avons reçu son premier texte, nous en avons fait une première lecture dans un de nos festivals. Ensuite, nous avons continué à travailler avec lui sur les versions de ses textes. Puis nous avons décidé d’accompagner la production, et nous avons créé à Théâtre Ouvert le premier volet de la trilogie Des Territoires, dans un dispositif léger. Nous avons par la suite accompagné en laboratoire la dramaturgie des deux autres volets. En travaillant sur l’écriture et les acteurs.

 

Cet accompagnement de Théâtre Ouvert fait-il référence dans le monde du théâtre pour encourager les écritures contemporaines ?

Les auteurs contemporains sont bien moins représentés que les classiques, les publics scolaires sont plutôt orientés vers le répertoire, les programmateurs qui préfèrent présenter un auteur connu, ce sont des poncifs. Dans le privé, il y a beaucoup de théâtre contemporain parce que les programmateurs travaillent avec des auteurs très connus du grand public. Ce n’est pas forcément le travail du théâtre public. Nous-mêmes travaillons à l’origine, au démarrage de l’écriture.

 

Comment les auteurs vous contactent-ils ?

Nous recevons environ 500 manuscrits par an, envoyés par mail ou par courrier. Nous répondons à tous les auteurs.

 

Comment se passent les lectures des textes ?

14 personnes composent le comité de lecture, c’est toute l’équipe de Théâtre Ouvert, y compris les techniciens. Le cœur battant de l’entreprise c’est de maintenir ce rapport à l’écriture théâtrale, il est important que tout le monde soit associé. Ensuite nous échangeons, nous faisons des rapports de lecture. Tous les mois, nous organisons une réunion dramaturgique pour échanger à partir des rapports émis. Nous sommes partenaire de cinq écoles supérieures théâtrales à qui nous transférons ce savoir-faire. Les étudiants lisent des textes, rencontrent des auteurs, font des rapports de lecture, échangent avec nous.  Nous les accompagnons dans leur cursus et, en troisième année, on leur propose de venir travailler à Théâtre Ouvert pendant deux semaines sur un texte qu’ils ont choisi. Ils travaillent avec un metteur en scène, puis on fait une sortie publique gratuite. Cette gratuité est très importante, elle rend les spectateurs acteurs d’un projet. Actuellement les élèves comédiens de l’école supérieure de Bordeaux travaillent ici sur le texte d’un jeune auteur encore à l’ENSATT, avec un metteur en scène.

 

Propos recueillis par
Véronique Giraud

 

©Christophe Raynaud de Lage

Caroline Marcilhac@Christophe Raynaud de Lage